L'extension de la Convention collective du cinéma par l'accord signé le 19 janvier 2012 continue à provoquer des remous. En témoigne la réaction de Robert Guédiguian dans Le Monde et une très intéressante discussion sur le site Cinématographie.info
On pourrait ajouter que ces commentaires sont à mettre en perspective alors que sont publiés les résultats des comptes d'exploitation du cinéma français pour 2012 - un "désastre" selon le producteur Vincent Maraval, dans une tribune publiée dans Le Monde - et que la polémique autour de l'exil fiscal de Gérard Depardieu jette une lumière crue sur les gains des acteurs de cinéma français.
Le cinéma français repose sur une économie subventionnée - ça on le savait déjà - et les films produits en France sont encore trop chers. Mais c'est peut-être là aussi une des conséquences de ces subventions ? Dès lors, comment faire des films exigeants, destinés à un public nécessairement restreint, alors que de grosses productions "populaires" se ramassent de façon peu glorieuse ?
L'équation est difficile à résoudre, d'autant que la question des coûts salariaux est toujours posée, et n'est d'ailleurs pas éludée par Guédiguian lui-même - voir l'interview du Monde.
MAJ : Commentaire utile de Jean-Michel Frodon, sur son blog. C'est aussi une réponse à Vincent Maraval - voir plus haut.
A propos du financement du cinéma indépendant, voir aussi ce communiqué de l'ARP datant des dernières Rencontres Cinématographiques de Dijon :
Note RCD 2012 - La Concentration Des Financements-2
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samedi 29 décembre 2012
mardi 17 décembre 2013
Changement de cap ?
Un changement d'intitulé ne veut pas dire forcément que l'on passe à autre chose. Quoique... Les dernières péripéties autour de la réforme des formations technologiques (BTS surtout) nous ayant convaincus qu'il n'y avait pas grand-chose à chercher de ce côté là, il pouvait sembler plus judicieux de se recentrer sur l'essentiel : l'audiovisuel et ses transformations, déjà largement achevées autour de la question du numérique et de la production en réseau. On pourrait d'ailleurs, en paraphrasant le titre que Les Cahiers du cinéma avaient donné à leur numéro spécial consacré à cette question, dire que "la révolution numérique est terminée".
Bon d'accord, et après ? Qu'est-ce qui change réellement dans les conditions de la production, les relations de travail ou les besoins en formation ? En apparence, pas grand-chose : on continue de produire des émissions de télévision passe-plats en prime time, de tourner des comédies "populaires" pré-achetées par les chaines de télévision, de remettre régulièrement en question le statut des salariés du secteur (voir les péripéties autour de l'application de la convention collective du cinéma), de déverser chaque année des dizaines de nouveaux entrants, fraichement diplômés, sur un secteur qui n'en a pas besoin.
Pourtant, depuis quelques années maintenant, on a pu voir émerger une réflexion sérieuse (universitaire pour l'essentiel) ayant pris pour objet, d'une part les conséquences économiques et sociales de cette transformation, et d'autre part l'étude d'un nouveau paradigme, mêlant technologie et esthétique au cœur du changement.
Les enjeux intellectuels de ce débat nous paraissaient suffisamment importants pour justifier le changement d'orientation de ce site, déjà amorcé d'ailleurs : accorder une place centrale aux contributions ayant pour thème des questions telles que la convergence, le transmédia, l'économie du cinéma et des secteurs associés, les rapports entre l'esthétique et les nouvelles configurations de production en réseau... Voila le programme, tel qu'il pouvait apparaitre dans certaines contributions récentes, par ailleurs : autour du livre de Gaudreault et Marion, par exemple, La Fin du cinéma ?
Bien des questions émergent aujourd'hui, en effet, et qui ne sont pas (uniquement) liées à la technique : l'avenir des salles de cinéma (et du secteur de l'exploitation en général), celui des travailleurs dont le statut leur vaut d'être appelés "intermittents du spectacle", le développement de modalités de diffusion des contenus qualifiées d'"hybrides" (broadcast et broadband), l'émergence de nouveaux outils et de nouveaux formats de production (la "révolution" DSLR, bien sûr), l'avenir du "spectacle" télévisuel (après le flop de la 3Ds et l'arrivée du "second screen"), etc. Et puis, bien sûr, tout ceci nous renvoie à la problématique des usages. Quel sera, en particulier, l'avenir du cinéma exploité en salle ? En effet, si la France apparait comme un pays où ce secteur connait encore une relative augmentation des taux de fréquentation, on peut se demander si on n'est pas arrivé à un pic, prélude à un tassement et à une baisse prochaine avec la généralisation des nouveaux comportements de consommation des films et des produits audiovisuels en général. Ce qui a conduit à une banalisation du spectacle cinématographique et à une remise en question de la place qu'occupait la salle de cinéma comme lieu unique et intangible de la consommation de films de cinéma. Ou, comme l'écrivent Laurent Creton et Kira Kitsopanidou dans un livre récent : "(...) Force est de constater que l'appropriation explicite par l'imaginaire des nouveaux médias numériques des spécificités distinctives de l'identité de la salle oblige cette dernière à revoir sa proposition de valeur. Loin de la dé-ritualisation et de la démystification présumées de l'expérience cinématographique, les nouveaux environnements audiovisuels high-tech domestiques tentent de reproduire dans le confort de l'espace privé la sensation d'"être au cinéma"" (Les salles de cinéma, p.14)
Le programme est chargé, et la liste est loin d'être exhaustive... Alors, ouvrons l’œil et le bon !
Bon d'accord, et après ? Qu'est-ce qui change réellement dans les conditions de la production, les relations de travail ou les besoins en formation ? En apparence, pas grand-chose : on continue de produire des émissions de télévision passe-plats en prime time, de tourner des comédies "populaires" pré-achetées par les chaines de télévision, de remettre régulièrement en question le statut des salariés du secteur (voir les péripéties autour de l'application de la convention collective du cinéma), de déverser chaque année des dizaines de nouveaux entrants, fraichement diplômés, sur un secteur qui n'en a pas besoin.
Pourtant, depuis quelques années maintenant, on a pu voir émerger une réflexion sérieuse (universitaire pour l'essentiel) ayant pris pour objet, d'une part les conséquences économiques et sociales de cette transformation, et d'autre part l'étude d'un nouveau paradigme, mêlant technologie et esthétique au cœur du changement.
Les enjeux intellectuels de ce débat nous paraissaient suffisamment importants pour justifier le changement d'orientation de ce site, déjà amorcé d'ailleurs : accorder une place centrale aux contributions ayant pour thème des questions telles que la convergence, le transmédia, l'économie du cinéma et des secteurs associés, les rapports entre l'esthétique et les nouvelles configurations de production en réseau... Voila le programme, tel qu'il pouvait apparaitre dans certaines contributions récentes, par ailleurs : autour du livre de Gaudreault et Marion, par exemple, La Fin du cinéma ?
Bien des questions émergent aujourd'hui, en effet, et qui ne sont pas (uniquement) liées à la technique : l'avenir des salles de cinéma (et du secteur de l'exploitation en général), celui des travailleurs dont le statut leur vaut d'être appelés "intermittents du spectacle", le développement de modalités de diffusion des contenus qualifiées d'"hybrides" (broadcast et broadband), l'émergence de nouveaux outils et de nouveaux formats de production (la "révolution" DSLR, bien sûr), l'avenir du "spectacle" télévisuel (après le flop de la 3Ds et l'arrivée du "second screen"), etc. Et puis, bien sûr, tout ceci nous renvoie à la problématique des usages. Quel sera, en particulier, l'avenir du cinéma exploité en salle ? En effet, si la France apparait comme un pays où ce secteur connait encore une relative augmentation des taux de fréquentation, on peut se demander si on n'est pas arrivé à un pic, prélude à un tassement et à une baisse prochaine avec la généralisation des nouveaux comportements de consommation des films et des produits audiovisuels en général. Ce qui a conduit à une banalisation du spectacle cinématographique et à une remise en question de la place qu'occupait la salle de cinéma comme lieu unique et intangible de la consommation de films de cinéma. Ou, comme l'écrivent Laurent Creton et Kira Kitsopanidou dans un livre récent : "(...) Force est de constater que l'appropriation explicite par l'imaginaire des nouveaux médias numériques des spécificités distinctives de l'identité de la salle oblige cette dernière à revoir sa proposition de valeur. Loin de la dé-ritualisation et de la démystification présumées de l'expérience cinématographique, les nouveaux environnements audiovisuels high-tech domestiques tentent de reproduire dans le confort de l'espace privé la sensation d'"être au cinéma"" (Les salles de cinéma, p.14)
Le programme est chargé, et la liste est loin d'être exhaustive... Alors, ouvrons l’œil et le bon !
lundi 15 avril 2013
Les intermittents du spectacle et la Convention collective du cinéma
Soirée organisée par Collectif Prod le 23 avril 2013. Voici ce que l'on peut lire sur leur site :
"Le mardi 23 avril, Collectif Prod a le plaisir de vous convier à la sixième et dernière édition de la saison 2012-2013 des Dialogues Cinéma. Pour terminer l’année en beauté, le thème de la soirée sera brûlant puisqu’on y abordera l’intermittence du spectacle, sous ses aspects historiques, sociologiques, sociaux et politiques. Autrement dit, on parlera de LA Convention Collective qui fait du bruit. Riche programme !
Les intervenants seront :
- Mathieu Grégoire, maître de conférence en sociologie, Chercheur au CURAPP (CNRS-UMR 6054) – Université de Picardie, Chercheur associé au Centre d’Études de l’Emploi (et entendu en décembre dernier par la Mission d’information sur l’emploi dans les métiers artistiques de l’Assemblée Nationale) ;
- Anne-Marie Autissier, sociologue, maître de conférences et directrice de l’Institut d’études européennes de l’Université de Paris 8, en sociologie de la culture (entendue récemment dans l’émission Culture Monde sur France Culture, sur les conditions de travail des acteurs) ;
- Samuel Churin, de la Coordination des Intermittents et Précaires d’Ile-de-France et valeureux héros des mémorables vidéos Ripostes 1 et Ripostes 2 ;
- Fabrice Préel-Cléach, producteur (Offshore), membre du SPI et DU 109, groupe de réflexion associant tous les acteurs de la filière afin que perdure un cinéma libre et créatif ;
- Michel Pouzol, député de la 3ème circonscription de l’Essonne, membre du Groupe d’étude Cinéma et production audiovisuelle et de la Mission d’information commune sur les conditions d’emploi dans les métiers artistiques.
La table-ronde sera animée par Sylvain Girault, co-fondateur de Collectif Prod.
Lieu : l’Espace Beaujon, 208 rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris 8ème (métros Terne, Étoile, George v).
Tarifs (frais demandés par notre partenaire l’Espace Beaujon) : 5 € / 3 € pour les adhérents (adhésion possible sur place)
Ouverture de l’accueil à 18h45, début de la discussion à 19h30. Un pot sera offert sur place pour clore la soirée et la saison !"
Il va sans dire que nous soutenons cette initiative et toutes celles venant des personnes et des organisations qui s'y sont associées.
dimanche 20 janvier 2013
Extension de la convention collective du cinéma
La discussion continue sur Cinématographie.info, et c'est un sujet sur lequel il faudra revenir encore : qui est réellement intéressé par cette nouvelle convention collective ? Quels en sont les signataires ? Que devient le cinéma indépendant si cette convention est appliquée ? Et les techniciens salariés, les comédiens, les décorateurs et tous les autres ? Et j'ajouterai pour ce qui concerne les établissements de formation : que deviennent les diplômés, techniciens et autres ? Autrement dit, ont-ils une chance de trouver du travail dans ce secteur, dans l'année qui suit leur sortie de l'école, ou bien ces études ne sont-elles désormais qu'un tremplin pour aller voir ailleurs, une autre fac, ou des stages à l'étranger...
Encore quelques mots concernant ces établissements de formation : dans la situation actuelle, et alors que la plupart des anciens étudiants ont laissé tomber un métier dans lequel ils n'ont même pas réussi à faire leur apprentissage, on ne peut que constater le silence assourdissant qui règne dans ces écoles. La plupart des "formateurs" n'ont, il faut bien le dire, strictement aucune expérience ou connaissance pratique de la production audiovisuelle au sens large.Comment alors pourraient-ils s'intéresser à des débats qui concernent, très directement, ceux qui font le cinéma et la production audiovisuelle, et pour qui un film c'est d'abord un budget, des salaires, et une exploitation en salles ou sur d'autres médias, avec la question incontournable du retour sur investissement.
Voici donc la contribution d'un producteur, dont la société s'appelle OFFSHORE, et dont les productions sont toutes à moins d'un million d'euros. Un "petit producteur" donc, selon ses propres termes, mais ce texte vaut le détour, par son honnêteté et les questions qu'il soulève.
Encore quelques mots concernant ces établissements de formation : dans la situation actuelle, et alors que la plupart des anciens étudiants ont laissé tomber un métier dans lequel ils n'ont même pas réussi à faire leur apprentissage, on ne peut que constater le silence assourdissant qui règne dans ces écoles. La plupart des "formateurs" n'ont, il faut bien le dire, strictement aucune expérience ou connaissance pratique de la production audiovisuelle au sens large.Comment alors pourraient-ils s'intéresser à des débats qui concernent, très directement, ceux qui font le cinéma et la production audiovisuelle, et pour qui un film c'est d'abord un budget, des salaires, et une exploitation en salles ou sur d'autres médias, avec la question incontournable du retour sur investissement.
Voici donc la contribution d'un producteur, dont la société s'appelle OFFSHORE, et dont les productions sont toutes à moins d'un million d'euros. Un "petit producteur" donc, selon ses propres termes, mais ce texte vaut le détour, par son honnêteté et les questions qu'il soulève.
lundi 3 juin 2013
Le cinéma français est-il antisocial ?
A noter, un élément de plus à verser au dossier de l'extension de la convention collective du cinéma : un lien fourni par l' AFC. Il s'agit d'une émission de France Culture, enregistrée au mois de mai, et qui permet de confronter les points de vue. Alors, "cinéma antisocial" ou "asocial" ? On ne joue pas sur les mots M. Niedermayer ! Cette convention collective est là seulement pour servir de garde fou dans une industrie où les abus deviennent de plus en plus fréquents et où il devient quasiment impossible, pour de nouveaux entrants, de gagner quelque chose qui ressemble à un salaire. Ce qui, semble-t-il, devrait interpeller aussi les personnels en charge de la formation de ces futurs "professionnels" qui ne travailleront jamais... Et rappelons que les techniciens américains de la post-production sont toujours en lutte pour obtenir une véritable reconnaissance de leur travail dans un collectif qui s'appelle VFX Solidarity International. Ce mouvement intervient après la grande grève de la Writers Guild of America en 2007-2008. D'ailleurs, sans avoir à remonter au mouvement de l'automne 2003 en France, on sait que plusieurs associations et collectifs de techniciens et ouvriers du monde du spectacle sont aujourd'hui engagés dans des actions pour contrecarrer le réformisme ultralibéral qui caractérise depuis plusieurs années l'évolution des industries de l'audiovisuel dans ce pays. Inutile de revenir sur le discours que tiennent ces donneurs d'ordre et leurs bailleurs de fonds. Il est désormais archi connu, et celui qui veut voir et entendre pourra effectivement voir et entendre.
mercredi 27 mars 2013
mercredi 17 juillet 2013
Et maintenant ?
Oui, c'est bien la question qui se pose après la signature, le 1er juillet dernier, de l'arrêté d'extension de la Convention collective de la production cinématographique. Donc, mise en pratique d'"un texte qui a provoqué bien des discussions, dissensions et déchirements au sein de la profession - et dont nous avons (parfois) rendu compte ici.
Alors, comment résumer ce qui vient de se passer ? Le cinéma français va-t-il s'effondrer sous le poids des charges salariales ? Les syndicats de techniciens seront-ils désormais les maitres des plateaux de tournage, main dans la main avec les gros producteurs ? Fin du cinéma d'auteur ! Fin de la création cinématographique indépendante ! En lieu et place du néo-libéralisme, voici venir la république des soviets... Bon euh, au fait, combien est payé en moyenne un machino sur toute la durée d'un long métrage ? On a suffisamment entendu parler de La Vie d'Adèle pour ne pas avoir envie d'en rajouter... Des journées de quinze heures, pour un salaire diminué de moitié, si c'est ça l'horizon indépassable de la création cinématographique en France, merci bien, très peu pour moi (à vrai dire j'ai surtout travaillé à la télévision, où les salaires sont quand même versés à peu près régulièrement...).
Et puis, au fond, on aimerait bien savoir en fait : qui fait tourner la machine ? Les soutiers qui passent leur temps à en astiquer les rouages ou les "fils et les filles de" qui viennent se faire reluire sur les plateaux de tournage ?
Bon, alors maintenant une lecture indispensable pour tous ceux qui ont envie de comprendre l'enjeu essentiel du cinéma français d'aujourd'hui : c'est un hors série de la Lettre de l'AFC qui arrive à point nommé, et qui s'intitule, fort justement, "Et maintenant..."
Alors, comment résumer ce qui vient de se passer ? Le cinéma français va-t-il s'effondrer sous le poids des charges salariales ? Les syndicats de techniciens seront-ils désormais les maitres des plateaux de tournage, main dans la main avec les gros producteurs ? Fin du cinéma d'auteur ! Fin de la création cinématographique indépendante ! En lieu et place du néo-libéralisme, voici venir la république des soviets... Bon euh, au fait, combien est payé en moyenne un machino sur toute la durée d'un long métrage ? On a suffisamment entendu parler de La Vie d'Adèle pour ne pas avoir envie d'en rajouter... Des journées de quinze heures, pour un salaire diminué de moitié, si c'est ça l'horizon indépassable de la création cinématographique en France, merci bien, très peu pour moi (à vrai dire j'ai surtout travaillé à la télévision, où les salaires sont quand même versés à peu près régulièrement...).
Et puis, au fond, on aimerait bien savoir en fait : qui fait tourner la machine ? Les soutiers qui passent leur temps à en astiquer les rouages ou les "fils et les filles de" qui viennent se faire reluire sur les plateaux de tournage ?
Bon, alors maintenant une lecture indispensable pour tous ceux qui ont envie de comprendre l'enjeu essentiel du cinéma français d'aujourd'hui : c'est un hors série de la Lettre de l'AFC qui arrive à point nommé, et qui s'intitule, fort justement, "Et maintenant..."
mardi 6 juillet 2010
Contribution : Formations à l’audiovisuel et qualifications

Quelques éléments de réflexion sur l’évolution des métiers et la formation :
- D’abord, il faut préciser le contexte : audiovisuel, industries cinématographiques, production institutionnelle et multimédia… Qu’est-ce que cela veut dire ?
- Ensuite, il faut dire ce que l’on entend par « métiers » : ce terme recouvre-t-il une spécialité, des savoir-faire, des compétences… bien identifiés. Ou bien fait-il référence à un secteur d’activité spécifique : la production cinématographique, le multimédia, l’intégration web, la gestion et la diffusion des médias, etc.
- Enfin, quel que soit le secteur d’activité considéré, il faut s’interroger sur les évolutions à court et à moyen terme : d’abord l’impact des transformations économiques sur la structure elle-même et sur l’emploi (effet du « Big bang » de l’audiovisuel en 1982, soutien massif aux industries cinématographiques, concentrations, délocalisations, transformation des statuts et des conditions de travail…)
- Et bien sûr l’impact des évolutions technologiques sur les conditions de la production (cinématographique et audiovisuelle), sur la structure industrielle elle-même (les entreprises et leur champ d’activité) et sur l’emploi (les métiers, les évolutions professionnelles, les besoins en formation…)
Une fois qu’on a posé ces quelques idées, on peut commencer à cerner les secteurs d’activité et le rôle de la formation – ou du moins essayer de situer les formations de type technologique dans ce contexte. Donc, bien évidemment, plusieurs questions :
- Impact général des transformations technologiques sur les qualifications, les compétences et les emplois
- En parallèle : impact de la technologie sur l’infrastructure technique de la télévision (la télévision considérée comme étant le « network », c'est-à-dire le réseau de distribution et de diffusion des programmes)
- Mais aussi : impact de la technologie sur la fabrication des programmes (comment le montage non-linéaire et les structures de production en réseau ont transformé les conditions de la post-production image et son, comment l’apparition du cinéma numérique est en train de changer définitivement le rapport des techniciens et de la production à l’image de film elle-même, comment le Web est en train de changer le rapport des diffuseurs aux contenus, à leur accès et à leur présentation…)
En fin de compte, quel est le rôle de la formation, et singulièrement de la formation aux techniques, dans un contexte où on pourrait parler d’une structure socio-technique en mutation ?
- Donc, il faut essayer de dresser un constat : adaptation et adaptabilité des formations (autrement dit, les formations sont-elles adaptées et/ou adaptables ?), contenu des formations (est adéquat, doit évoluer, est à réévaluer complètement…)
- Structure des formations : bac + 2, bac + 3… Définition des spécialités (des options, mais autour de quelle définition des « métiers » ? Un tronc commun, pour qui et pour quoi ?)
- Relations avec l’industrie : à qui s’adressent ces formations ? Quel est le lien entre les besoins en formation des entreprises et l’offre actuelle, publique et privée ?
- Et donc forcément la question : à quoi ressemble la structure industrielle actuelle de l’audiovisuel ? Avons-nous d’un côté des producteurs et de l’autre des distributeurs et des diffuseurs ? Peut-on être à la fois producteur et diffuseur ? Quelles sont les implications en termes d’emploi et de formation ?
- En réalité, entre la production et la diffusion/distribution il y a un troisième secteur à considérer, celui des services de post-production (montage, mixage audio, étalonnage, duplication, maintenance… et même développement) qui est peut-être aujourd’hui celui dans lequel les perspectives d’emploi et les besoins en formation sont les plus importants. Et paradoxalement c’est là où, semble-t-il, les formations à l’audiovisuel ont le plus de mal à définir des axes d’acquisition de connaissances et de qualifications en rapport avec les besoins du secteur.
- Partant, une question (parmi d’autres) pourrait être la suivante : doit-on continuer à définir des axes de formation à partir des métiers, ou bien cette vision classique doit-elle laisser place à une formulation en termes d’acquisition de compétences ?
- Autrement dit (pour être clair) : on continue à former des « opérateurs de prise de vues » ou bien on forme des techniciens dans un cursus modulable (et forcément plus étendu) dans lequel « une certaine formation » à l’image (laquelle ?) est une option parmi d’autres : c'est-à-dire qu’ici, il faut très certainement remettre en question l’axiome fondateur de « la caméra » pour lui substituer une vision élargie de « Gestionnaire technique des données Image » ; c'est-à-dire un technicien dont les compétences s’étendraient des conditions matérielles de la prise de vues (préparation technique et maintenance des équipements, contrôle du signal et des données) à la gestion des médias enregistrés (et donc à leur suivi en post-production : étalonnage, encodage, gestion des métadonnées…). Tout ceci devient très réel dès que l’on s’intéresse aux conditions de travail entraînées par les développements conjoints de la HD et du cinéma numérique…
- Par ailleurs, on continue à former des « monteurs » ou bien on intègre, dans la post-production, l’idée qu’un technicien d’un bon niveau est amené à faire du montage mais aussi de la duplication, de la mesure de qualité, de l’encodage pour différents supports de diffusion ainsi que la gestion des médias en réseau…
- Enfin, peut-on penser vraiment à former des techniciens de « direct » (ce que voudraient être les techniciens actuellement formés en Exploitation) lorsqu’on sait que le tournage d’émissions en direct, à la télévision, est tributaire des conditions locales de la production, d’une expérience acquise sur le terrain et de compétences spécifiques sur les équipements utilisés ? Dans ce dernier cas, il semble plus réaliste de spécifier un axe de formation à dominante technologique, plus en accord avec les besoins réels des secteurs spécifiés plus haut, et aboutissant à une qualification de type « Ingénieur système » à bac + 3 (au moins). Bien entendu, les priorités de la formation actuelle (particulièrement en STS) devraient être revues, sans doute dans le sens d’une prise en compte de l’évolution des infrastructures techniques de la production, de la post-production et de la diffusion : solutions de fabrication (habillage graphique, archivage et consultation du signal), technologies de stockage et de partage des médias, gestion de la diffusion (contrôle, distribution du signal), solutions de transmission du signal (ATM, Internet, BLR, réseaux mobiles…), encodage et gestion des formats (dans le cadre des spécifications MHEG/MHP), gestion des métadonnées (acquisition, archivage, distribution, transmission…).
On voit bien que la liste est longue dès que l’on entre dans les spécificités de chaque « métier » pour dresser une liste des compétences à acquérir. Il paraît plus réaliste, à terme, d’adopter une approche transversale des questions de formation technique à l’audiovisuel : abandon des spécialités liées à une perception historique des métiers de l’audiovisuel, retour à un socle technique et scientifique en rapport avec les développements conjoints des techniques informatiques et des réseaux dans les secteurs de l’audiovisuel et de la production cinématographique, modularité de la formation, avec la possibilité, par exemple, d’effectuer un cursus diversifié : acquisition d’une spécialisation de type « Ingénierie des médias et Image » pour certains, « Post-production audionumérique et création multimédia » pour d’autres, etc. Bien évidemment, il est difficile de définir ici vers quels cursus on pourrait s’acheminer. On peut simplement montrer quelques directions…
Une nouvelle définition des qualifications et des compétences à acquérir dans un cursus technologique lié à l’audiovisuel et à la gestion des médias ne remet pas réellement en cause les spécialités professionnelles actuelles existant à la télévision et dans la production cinématographique : ainsi, pour les techniciens de la production audiovisuelle (convention collective de 1988), un Ingénieur de la vision demeure une option professionnelle reconnue, de même que, dans la filière Image, un Superviseur d’effets spéciaux ou un Opérateur spécial (Ex. : steadicamer) ont toutes les raisons d’exister. Ce sont les voies d’accès à ces métiers qui doivent être revues et probablement disparaître, en tant que telles, des cursus des formations technologiques longues.
Gestalt
20/03/2009
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